Depuis fin 2019, un activisme inédit se déploie sur les murs par des collages au code graphique identique – des lettres capitales noires, ou rouges, sur des feuilles de papier A4. Ils visent d’abord à interpeller sur les féminicides et les violences sexistes et sexuelles. Des groupes fédérés spontanément ont pris l’initiative de ces actions à la fois clandestines et ostensibles, investissant l’espace public urbain. Au fil des mois, ce dispositif a essaimé dans de nombreuses villes en France mais aussi dans divers pays. Les messages se sont élargis aux violences faites à toutes les personnes stigmatisées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur origine. Ils sont saisis en quatre années de luttes féministes et antifascistes (fin 2019-fin 2023). Gestes politiques, individuels et collectifs, cris de révolte contre le patriarcat systémique et le capitalisme, en réponse à la silenciation des violences, ils modifient à vue l’espace public comme les subjectivités. Faire effraction, (re)prendre la rue, rendre visible, dans une société de plus en plus violemment clivée, ce qui ne l’était pas. Ici et ailleurs, tant qu’il le faudra.
Natacha Thiéry
Natacha Thiéry est née à Paris et a étudié la littérature et le cinéma. Depuis l’adolescence, elle a passionnément pratiqué la photographie argentique, puis numérique. C’est d’abord par son goût pour la forme cinématographique épistolaire qu’elle a assouvi, en autodidacte, son désir de cinéma, grâce à la caméra Super-8 et aux petites caméras numériques, avec L’Eau des bois (2018). Elle appréhende son rapport au réel par l’attention au sensible souvent inattendu qu’il peut offrir, depuis les visages et les gestes jusqu’aux signes sur les murs. La nécessité de garder une trace de ce qui l’émeut ou la révolte est souvent à l’origine de ses projets, qui prennent la forme d’essais documentaires. Elle cherche à nouer pratique du cinéma documentaire et résistance à la violence (dans ses formes multiples), la disparition ou l’oubli. Parallèlement, elle partage sa passion du cinéma à l’université des Arts d’Amiens en tant qu’enseignante en esthétique et histoire du cinéma et analyse de film. Identifier la singularité formelle des films, ce qu’ils déplacent chez celleux qui les découvrent, est l’une de ses visées.
Ses deux films Rêve de Gotokuji par un premier mai sans lune (2020) et Des cris déchirent le silence (2024) ont notamment été sélectionnés au Cinéma du Réel dans la section « Front(s) populaire(s) ».
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